Vidéo – 24 minutes
2002
À partir de Madame Bovary de Gustave Flaubert, Emmanuelle Michaux ne cherche pas à adapter le roman, mais à en retrouver la mémoire sensible.
Elle prélève dix phrases, dix moments emblématiques de la vie d’Emma Bovary, à partir desquels elle construit un film où le récit se recompose par fragments. Plus qu’une narration, le film propose une traversée de sensations, de lieux et de temporalités.
Le tournage est réduit à l’essentiel : une comédienne, une caméra et une création sonore entièrement recomposée à partir de sons enregistrés spécialement pour le film. Cette économie de moyens laisse toute sa place au montage, aux superpositions d’images et aux résonances entre le texte, les corps et les paysages.
Loin de toute reconstitution historique, le film fait volontairement cohabiter passé et présent. Les costumes évoquent le XIXᵉ siècle tandis que les lieux ou certains détails contemporains viennent troubler cette illusion. Le temps apparaît comme une matière poreuse où les époques se traversent plutôt qu’elles ne se succèdent.
À travers cette libre réinterprétation de Flaubert, Emmanuelle Michaux interroge déjà les liens entre fiction et autobiographie. Comme l’écrivain affirmant « Madame Bovary, c’est moi », elle envisage la fiction non comme un éloignement du réel, mais comme une manière de rendre visibles des expériences humaines partagées, où l’intime rejoint l’universel.
Cette œuvre inaugure plusieurs recherches qui traverseront ensuite l’ensemble de son travail : le montage comme écriture, la fragmentation du récit, la circulation entre littérature et cinéma, et la manière dont les images construisent notre mémoire.
Le film a également donné lieu à une installation.
Production
Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains
Exposition
Panorama 3, Salon du Prototype
Commissaire : Christophe Kihm
Sélection
Festival de l’Encre à l’Écran, Tours, 2003