2016
Présentée à artgenève par la Galerie Patrick Gutknecht, Sculpting in Time constitue une étape fondatrice dans le travail d’Emmanuelle Michaux autour du cinéma, de la mémoire et de l’image.
L’exposition prend pour point de départ les films amateurs anciens, envisagés non plus comme des documents ou des récits, mais comme une matière plastique. En suspendant le mouvement, en ralentissant le temps ou en isolant des photogrammes, l’artiste déplace le cinéma vers le champ de la photographie, de la peinture et de l’installation.
Au cœur du parcours, la vidéo L’Homme au chapeau est réalisée à partir d’un film amateur tourné dans les années 1930. Projetée au ralenti extrême, une silhouette marchant au bord de la mer perd progressivement ses contours. Le personnage devient une apparition tandis que le mouvement se transforme en durée.
À partir de cette même séquence, Emmanuelle Michaux extrait des photogrammes qu’elle présente sous la forme de caissons rétroéclairés. Imprimées en fort contraste, les images cessent d’appartenir au récit cinématographique pour devenir des présences autonomes. Le film n’est plus envisagé comme un flux, mais comme une succession d’images susceptibles d’être regardées une à une.
L’exposition réunit également la série Trois secondes et deux images, dans laquelle cinquante photogrammes consécutifs, soit trois secondes et deux images d’un film tourné à seize images par seconde, sont immobilisés sur une toile. En interrompant le défilement, l’artiste révèle les absences qui composent secrètement le cinéma.
Les peintures de la série Et la lumière fut prolongent cette réflexion. Une matière noire dense y entoure une feuille d’or dont la lumière semble émerger de la profondeur de la surface. D’un médium à l’autre, l’image apparaît comme un phénomène de révélation.
Présentées au sein d’une sélection de luminaires d’art du XXᵉ siècle, les œuvres établissent un dialogue entre lumière, projection et mémoire. L’exposition pose les fondements d’une recherche qu’Emmanuelle Michaux poursuivra par la suite à partir des archives filmiques anonymes : suspendre le flux des images pour révéler ce qui persiste lorsque le mouvement cesse.
Installation composée de vidéos, photographies rétroéclairées, peintures et œuvres réalisées à partir de photogrammes de films amateurs.
artgenève 2016, Galerie Patrick Gutknecht
Catalogue publié à l’occasion de l’exposition