Réparer le monde

2019

Présentée à La Pharmacie – Espace culturel de l’Hôpital de Tonnerre, Réparer le monde réunit plusieurs ensembles réalisés entre 2016 et 2018. Conçue dans le cadre de la thématique du Prendre soin, l’exposition emprunte son titre au concept hébraïque du Tikkun Olam, la « réparation du monde », selon lequel l’imperfection et la fragilité ne sont pas des accidents de l’existence mais des dimensions constitutives de la création elle-même.

À une époque où les objets usés sont remplacés, où les images sont produites puis oubliées dans le flux continu des écrans, où la mort tend à disparaître de notre horizon quotidien, Emmanuelle Michaux choisit au contraire de recueillir les traces laissées par les êtres. Photographies anonymes, archives familiales, fragments de films, souvenirs ou objets deviennent la matière première d’un travail qui s’attache à préserver ce qui demeure malgré le temps et l’effacement.

À travers un parcours réunissant photographies, collages, films, poèmes et installations, l’exposition explore les formes par lesquelles les êtres humains tentent de retenir ce qui leur échappe. Les œuvres présentées, Les fleurs de la vie ne sont que des fantômes, Les Aveugles, L’Homme au chapeau, Les Anonymes, Trois secondes et deux images et Et la lumière fut, interrogent chacune, à leur manière, la persistance fragile des images et des souvenirs.

La lumière traverse l’ensemble de l’exposition comme un motif récurrent. Non comme une promesse de révélation, mais comme ce qui subsiste malgré l’altération du temps. À l’image de la pratique japonaise du Kintsugi, qui répare les céramiques brisées en soulignant leurs fractures à l’or plutôt qu’en les dissimulant, le travail d’Emmanuelle Michaux ne cherche jamais à effacer les blessures du temps. Il les accueille, les révèle et les intègre à son propre langage.

Pour cette exposition, l’artiste réalise une installation monumentale intitulée La vie n’est qu’un souffle. Plusieurs volumes composés de couvertures de survie suspendues dans l’espace structurent le parcours du visiteur. Face dorée à l’entrée, face argentée à la sortie, ces formes lumineuses transforment la circulation dans l’exposition en expérience sensible. Animées par les déplacements et les courants d’air, leurs surfaces vibrent légèrement, produisant un bruissement discret, comme une respiration.

À la fois matériau de secours, protection d’urgence et surface réfléchissante, la couverture de survie devient ici une métaphore du soin. Fragile et précieuse, elle capte la lumière, reflète les corps et inscrit le visiteur au cœur même de l’œuvre.

Entre mémoire et disparition, blessure et réparation, Réparer le monde compose ainsi une tentative de réassemblage du monde. Non pour restaurer une totalité perdue, mais pour reconnaître dans les traces, les failles et les absences ce qui continue malgré tout à nous relier.

Œuvres présentées : Les fleurs de la vie ne sont que des fantômes, Les Aveugles, L’Homme au chapeau, Les Anonymes, Trois secondes et deux images, Et la lumière fut.

La Pharmacie – Espace culturel de l’Hôpital de Tonnerre
17 novembre 2018-31 janvier 2019

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